Il y a 2 ans, nous nous rendions à Port-au-Prince pour rencontrer notre Achille...
Moins de 5 mois après le séisme, et pendant quelques jours seulement, nous allions être confrontés à une multitude d'émotions, parfois contradictoires, mais toujours intenses.
Il y a ce grand moment de solitude à l'arrivée à l'aéroport, alors que personne n'est là pour venir nous chercher. Et Haïti, ce n'est pas un pays comme les autres. Un terminal qui ressemble à un hangar,
une chaleur moite et étouffante, une pluie diluvienne qui commence à tomber alors qu'on met tout juste le nez dehors, des gens qui nous accostent, qui veulent nous emmener, mais nous emmener où ?!?
Finalement une personne de confiance pourra nous récupérer...
Et il y a ces moments en taxi où on ne peut qu'imaginer ce qu'a pu être l'horreur de ce 12 janvier 2010...Des décombres, des campements de fortune, des routes défoncées...
Le moment de l'arrivée à l'hôtel...Un grand portail qui s'ouvre, un garde armé posté derrière, mais où sommes-nous ??
C'est pourtant bien l'hôtel, qui a terriblement souffert de la catastrophe. Quelques secousses ont encore eu lieu récemment...Notre chambre sera donc une tente, je ne peux me résoudre à être "enfermée".
Une première nuit très chaude. On ne dort pas très bien. Le décalage horaire, l'excitation d'être là, enfin, après ces mois d'angoisse, le manque de Marilou, et notre petit bonhomme qu'on va rencontrer pour la première fois...
Ce moment où Harry vient nous chercher pour nous emmener à la crèche...
Ce portail qu'on a vu tant de fois en photo ou en film...
Ce moment de notre entrée dans la crèche, avec Rui et Pierina, rencontrés la veille...
Les plus petits sont tout près, une nourrice nous tourne le dos, elle est en train de nourrir un enfant, je m'approche doucement et me penche par-dessus son épaule...
NOTRE FILS est là, il lève les yeux sur moi, me transperce de son regard, et puis je ne vois plus rien, les yeux déjà embués par les larmes...
Ce moment où mon coeur chavire, il est si beau, il est SI PETIT pour ses 9 mois...
Je laisse mon bébé au bon soin de sa nounou, on aura tout le temps plus tard, il est temps de descendre dans la cour pour retrouver d'autres compagnons (Andrea et Silvia) ainsi que les enfants plus grands qui nous attendent pour entonner leur chant de bienvenue.
Mes larmes n'ont pas eu le temps de sécher et ça se remet à couler pendant la chanson, des enfants se précipitent pour qu'on les prenne dans nos bras, j'en reconnais plusieurs, on les a tellement vus en photos, ils sont tous tellement beaux, tellement attendrissants...Ce moment de rencontre et de partage...
IL y a ce moment magique où nous nous retrouvons au calme pour enfin faire connaissance avec notre bébé...Où nous prenons les premières photos...
Il y a tous ces moments hors du temps que nous passerons à la crèche...Les rires des enfants, les distributions de calins, les jeux partagés...
Il y a ces soirées à l'hôtel, où le manque de notre fille se fait cruellement sentir. Où nous attendons avec impatience et où nous redoutons en même temps le départ qui approche. Comment accepter d'être avec un de nos enfants, alors que l'autre est si loin ?
On se soutient les uns les autres pendant ces trop longues soirées qui nous font cogiter.
Rui et Pierina vont devoir quitter leur fils unique de 6 ans à la fin de la semaine. Je n'ose m'attarder sur cette terrible épreuve pour eux, mais surtout pour lui...
Il y a ces moments où on essaie de profiter de chaque instant avec notre fils.
Et puis il y a ce moment des au revoirs. Deux petites filles qui pleurent et ne veulent pas se détacher de leur maman...Je détourne le regard, c'est trop dur. Je viens d'embrasser Achille pour la dernière fois. Je le regarde encore et encore.
C'est la dernière image que j'emporte de lui...Ce moment que je voudrais suspendu dans le temps...
Au portail, je pourrais me retourner pour le voir une dernière fois. Je ne le ferai pas. Je ne peux pas.
Ce moment-là, je le porte en moi depuis deux ans. Il ne s'effacera pas. Je ne le veux pas vraiment. Même si c'est certainement le moment le plus dur de ma vie de maman, il fait partie de notre histoire.
Et je crois que rétrospectivement, je ne voudrais rien changer aujourd'hui. Parce qu'au bout de ce chemin tortueux qu'est l'adotion, avec tous ces moments de doute et d'attente, il y a CE moment unique où vous tenez votre enfant dans vos bras, que vous rentrez à la maison AVEC lui et que vous savez que vous empruntez un nouveau chemin... ensemble.
Ensemble, c'est tout.