Lilypie Kids Birthday tickers

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mardi 8 octobre 2019

Boucler la boucle / 9 octobre 2018, 20h15...

Reprendre le récit là où je l'avais laissé...mettre des mots sur les maux...Ecrire...Après avoir tant repoussé l'échéance...Pour exorciser la peine, pour laisser derrière ce maudit automne 2018 et aller de l'avant.
Ne pas oublier, jamais, mais continuer d'avancer avec les bons souvenirs et ranger les mauvais…

Début juillet, après un très cours séjour en unité psychiatrique, maman est de retour à l'Ehpad. On lui a prescrit un traitement pour calmer son agressivité. Effectivement elle est plus calme, mais il serait plus juste de dire qu'elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Elle qui était encore "alerte" se déplace maintenant avec difficulté, son élocution est plus lente, ses conversations tournent en boucle (encore plus qu'avant). Le point positif est qu'elle nous reconnaît toujours et que son visage s'éclaire à chacune de nos visites. Nous envisageons avec le directeur de l'ehpad son transfert dans l'unité protégée, où elle sera encore mieux suivie. On verra dans quelques semaines. Elle, elle ne se rend plus compte de tout ça, elle est comme étrangère à son environnement, il y a un monde entre ce qu'elle voit et l'image qui arrive à son cerveau.

L'été se passe tranquillement avec une sérénité retrouvée pour ses enfants: on sait qu'on s'occupe bien d'elle et pour la première fois depuis quelques années, nous partons en vacances sans nous soucier de l'organisation d'un roulement pour qu'il y ait toujours quelqu'un qui passe la voir chez elle. A la maison de retraite on sait que tout est fait pour son bien-être et qu'elle est en sécurité. Nous soufflons un peu.

Nous essayons de lui rendre visite dès que nous le pouvons...En juillet et début août, elle a encore un peu d'énergie pour une partie de scrabble ou un jeu de cartes…

Nous partons deux semaines en août, et à notre retour bien sûr nous rendons visite à Maman.
Le jeudi 30 août je passe la voir avec les enfants, elle est couchée et se plaint de douleurs au ventre. Nous la trouvons en très très petite forme. Les infirmières m'informent qu'elle refuse de prendre ses médicaments, de boire , de manger.
Le lendemain le médecin m'appelle pour me dire que la situation est toujours la même et qu'ils craignent un début de déshydratation. S'ils n'arrivent pas à l'alimenter et à la faire boire, il faudra envisager une hospitalisation, afin qu'elle soit réhydratée par perfusion.
Le samedi 1er septembre, nouveau coup de fil du médecin. Maman est en cours de transfert aux urgences, heureusement à quelques kilomètres de la maison.
Je la rejoins immédiatement et là c'est le choc: elle est hyper faible, ne peut pas parler, mais semble tout de même soulagée de me voir. Je la laisse aux bons soins des médecins urgentistes. Le soir elle sera hospitalisée en médecine.
Le dimanche nous lui rendons visite avec Olivier. Des médecins sont avec elle quand nous arrivons et nous sommes priés d'attendre pour la voir. On entend que ça s'agite un peu dans sa chambre, et on nous prévient rapidement qu'elle est en état de choc et que sa tension est tombée à 6. Je réalise à ce moment-là, de façon violente et inattendue, que ma mère pourrait mourir…On réussit à la voir quelques instants...elle est un peu agitée, ne comprend pas ce qui lui arrive...ses mains sont attachées car elle enlève ses perfs...C'est trop dur de voir sa maman comme ça...

Le lundi 03 septembre c'est la rentrée...et je passe un peu à côté...Bien sûr je suis là pour accompagner à l'école et au collège, mais mon esprit est ailleurs. Je suis présente aux réunions d'école, aux assemblées générales du sport et de la musique, je planifie les emplois du temps de chacun, je jongle avec les horaires, mais je n'y suis pas vraiment. Chaque moment de libre, j'essaie de le passer à l'hôpital...ou je téléphone pour avoir des nouvelles... Maman ne se "réveille" pas…
On la réhydrate, on la nourrit, on soigne ses reins dont les fonctions ont été mises à mal, elle a une hépatite...ça commence à faire beaucoup…

Dans les jours qui suivent elle a quelques moments de réveil. Elle s'alimente parfois, mais très très peu (une ou deux cuillers de yaourt)...elle me reconnaît, il me semble, mais a de grosses difficultés à s'exprimer. Et parfois son regard part loin, très loin...elle ne me voit plus, elle est comme absente…

10 jours après son hospitalisation certaines choses commencent à rentrer dans l'ordre. Ses reins fonctionnent, son cœur et ses poumons sont ok, l'hépatite a disparu...MAIS...elle refuse toujours de s'alimenter...et une litanie sinistrement connue refait surface: "j'en ai marre, marre, marre, j'veux crever". Mes mots de réconfort ne semblent plus l'atteindre mais je garde l'espoir que dès qu'elle se sentira mieux physiquement, le moral suivra, et que tout ira bien…

Le 18 septembre j'ai rdv avec le médecin pour faire le point. Et ce jour-là le ciel me tombe sur la tête!
La situation ne s'améliore pas, et le docteur me fait comprendre que ma mère est sans doute en train de se laisser mourir...elle ne veut plus vivre...elle ne peut plus...on se dirige vers des soins palliatifs, pour la laisser partir…

10 jours plus tard, retour à l'ehpad...Ils étaient d'accord pour la reprendre et l'accompagner. Moi je suis comme  anesthésiée. J'ai l'impression que je vais m'écrouler à chaque seconde, autant physiquement que moralement, mais non, je suis toujours debout, il faut tenir, je m'écroulerai plus tard. Je me répète en boucle que c'est ce qu'elle veut, qu'elle a eu une belle vie, qu'elle a fêté ses 88 ans il y a peu, que de toute façon elle n'est pas éternelle, que ces derniers mois ont été un enfer pour elle et qu'elle mérite la paix...oui mais voilà, j'ai beau me dire tout ça, le cœur l'emporte sur la raison: tout ce que je sais c'est que je vais perdre ma maman et ça me broie de l'intérieur.

Une semaine après son retour à la maison de retraite, elle n'a quasiment pas eu de moments de conscience. Je lui ai parlé, je lui ai fait écouté des airs d'opéra, je lui ai tenu la main, je l'ai embrassée…
Après une grosse alerte le vendredi, je préviens ma sœur qu'il faut qu'elle vienne . Elle passe le week-end à la maison avec ses deux aînées. Nous allons voir notre maman et mamy et je suis bouleversée par leur peine, et en même temps apaisée de partager mon lourd fardeau.

Le lundi 08 octobre je passe un peu de temps auprès de maman. sa respiration est difficile. Je sais que ses jours sont comptés mais je ne réalise toujours pas.

Le mardi 09 octobre je ne peux pas passer à l'ehpad. Je téléphone à 16h30 pour prendre des nouvelles. Le médecin me dit qu'on lui a donné un peu plus de sédatifs, afin d'être sûr qu'elle ne souffre pas. Je dois y aller le lendemain, je verrai bien comment elle est.
A 21h, mon portable sonne...je sais immédiatement…
"Votre maman est partie paisiblement à 20h15"

Nous sommes le 09 octobre 2018 et je suis orpheline…