5 heures du mat'...J'ai des frissons...
Réveil à Créteil où Tata et Tonton m'ont acceuillie la veille. J'ai pu profiter de Romain et Gabryelle, petite puce à peine plus jeune qu'Achille...Je me projette...
La nuit fut courte, comme le furent celles qui ont précédé. Je sais que la fatigue doit être en train de s'accumuler mais je ne la sens pas.
Yves a la gentillesse de m'accompagner jusqu'à l'aéroport. L'émotion est déjà bien présente, surtout quand nous apercevons ce panneau:
Il est 6h15 et nous sommes largement à l'heure. Il y a peu de monde dans l'aéroport...sauf dans la zone réservée à l'enregistrement de notre vol. Les visages sont peut-être fatigués mais tellement épanouis et heureux. Yves me laisse car seules les personnes habilitées peuvent pénétrer dans la zone.
Je retrouve Silvia, qui était du voyage avec nous en juin dernier. En grandes bavardes qui se respectent, on commence à papoter...On est interrompues par un journaliste d'Europe1 qui nous interviewe l'une après l'autre (Ils n'ont jamais dû pouvoir diffuser l'intégralité de nos propos, on ne s'arrêtait plus de parler, lol )
Quelques minutes plus tard c'est Rui, également du voyage en juin que je retrouve. Il me saute au coup et nous nous étreignosn fort; depuis des mois nous sommes en contact et nous parlons de nos enfants, de notre envie de les avoir près de nous.
Je fais la connaissance d'autres parents de la crèche, que je connais virtuellement par le forum...et dont je connais les enfants !
Nous avons le temps de bien discuter car notre avion annoncé à 8h30 a du retard.
Vers 10h nous arrivons enfin sur le tarmac...Et nous montons enfin dans l'avion destination bonheur.
Le voyage est long...En vol nous prendrons encore deux heures de retard.
Je commence à m'inquiéter du temps réduit que l'on aura sur place pour le premier contact avec les enfants, et surtout sur le retard pour le retour.
Je pense fort à Olivier qui n'est pas là à mes côtés pour partager les retrouvailles avec notre fils. Je pense à Marilou.
Je me dis qu'il faudrait que j'essaye de me reposer un peu en prévision du lendemain, mais je n'y arrive pas vraiment. L'excitation est plus forte que la fatigue; et comme nous sommes tous dans le même état, eh bien on passe plus de temps à échanger avec les uns et les autres qu'à prendre un peu de repos.
Malgré tout je parviens quand même à somnoler un peu dans l'après-midi. Même si le sommeil n'est pas très profond, c'est toujours ça de pris.
A ce moment-là à Port-au-Prince, c'était également l'effervescence... (nous avons reçu quelques jours après notre retour des photos de la journée des enfants...ce qui me permet de vous montrer ce qui se passait pour Achille tandis que je survolais l'océan)
Voici une des tentes qui abritaient les enfants au sein de la résidence de France, près de l'ambassade. Moi je n'ai vu le Centre que de nuit, et grouillant de monde...
C'est bien notre petit bout, avec son T-Shirt similaire à celui que portaient tous les enfants, avec leurs noms écrits au marqueur dans le dos.
Pouvait-il seulement se douter à ce moment-là de ce qui était en train d'arriver ?!?
Les derniers regards d'Achille pour son pays, dans les bras d'une nounou, sur fond de ciel bleu...
Les larmes me viennent à chaque fois que je regarde cette photo...
L'heure approche pour l'atterrissage...
Port-au-Prince est en vue:
La tension monte (la chaleur aussi ! 27 degrés annoncés, alors que la nuit commence à tomber)
On nous dit de prendre le minimum de choses car tout sera disponible sur place (eau, biberons, nourriture...) Je ne prends donc qu'un doudou. J'en oublie même mon passeport !!
Sur le tarmac, des mini-bus nous attendent pour nous convoyer jusqu'à l'ambassade.
L'ambassadeur Didier Le Bret est également là. Son sourire en dit long sur sa joie de voir enfin aboutir ce qu'il pronait depuis de longs mois. Tous les parents qui passent près de lui le remercient, des trémolos dans la voix. Il n'y a pas grand chose à dire de plus, mais je crois qu'il SAIT...
(ici aux côtés de l'ambassadeur Monchau, en charge de l'adoption internationale, qui a fait le voyage avec nous)
C'est parti pour un trajet d'environ 45 minutes. C'est plutôt silencieux à l'intérieur des bus. Chacun est perdu dans ses pensées, essayant d'imaginer ce que vont être ces instants rêvés depuis si longtemps.
Nous arrivons au Centre. On nous demande de patienter encore un peu pour faire rentrer les parents petit à petit.
Ca va être mon tour...J'ai versé mes larmes avant pour me contenir devant Achille !
Comme Olivier me manque...
Je pénètre enfin dans le centre. On m'indique la tente où se trouvent les enfants de la crèche. J'approche doucement. De loin je reconnais Dawen dans les bras d'une nounou.Je vois le "grand" Woodson qui me reconnaît et me sourit. je lui dis que son papa arrive et son sourire s'élargit encore.
Je regarde dans le parc...Un petit bonhomme se tient accroché aux barreaux, me tournant le dos. Il n'a presque plus de cheveux mais vue la taille ça ne peut être qu'Achille. Et puis il porte la petite salopette que nous lui avions apporté en juin.
Quand je me retrouve face à lui, je vois qu'il pleure un peu.Je me penche vers lui et lui parle; ses pleurs redoublent !
Je le prends dans mes bras et il pleure encore plus fort !
J'essaye de lui parler pour le rassurer mais rien n'y fait. Il se tourne vers les nounous et se tortille dans mes bras. cela dure environ un quart d'heure puis il commence à se calmer un peu.
Je décide alors de m'éloigner de la tente, pour qu'il ne voit plus trop les nounous, et aussi parce qu'il y fait une chaleur étouffante.
Je déambule sur les pelouses, je croise des regards, j'entends quelques pleurs mais aussi des rires...
Achille est maintenant bien calme, je lui chante "une chanson douce", que je lui avais chantée au mois de juin.
J'essaye de croiser son regard, mais à chaque fois il détourne le sien.
Malgré tout il ne refuse plus mon contact, au contraire je le sens petit à petit ralâcher la tension. Il se laisse aller tout contre moi...
Je me pose un instant sur l'herbe...Achille est en train de s'endormir dans mes bras. Je suis bien...
Il est déjà l'heure de reprendre le bus. Nous sommes restés une heure ? je ne sais pas, je n'ai plus trop la notion du temps.
Mon fils serré tout contre moi, je regard par les vitres du bus les rues de Port-au-Prince. Je fais un adieu silencieux à Haïti
Quand reviendrons-nous ?
Nous remontons dans l'avion. Nous rentrons à la maison.
Achille ne s'est pas réveillé...et ne se réveillera pas de tout le trajet. A ma montre, heure française, nous sommes maintenant le 22 décembre.
Le voyage retour commence.